PASSAVANT-EN-ARGONNE AU MOYEN AGE

 

©  HORIZONS D'ARGONNE N°87  Juin 2010

 

 

Dès l’avènement d’Henri le Libéral, en 1152, la politique des comtes de Champagne s’orienta vers l’Argonne. Son fils, Thibaud III, en septembre 1200, échangea avec le comte de Rethel, le château de Sainte-Menehould contre celui d'Inaumont, à 6 km de Rethel. Sa veuve, Blanche de Navarre, construisit un nouveau château sur la butte de gaize qui domine la ville et en fit un chef-lieu de châtellenie. Dès lors, la présence comtale s'intensifia en Argonne et se concrétisa par d’intenses défrichements et par la fondation de plusieurs villeneuves. Encore peu implanté dans la région, le comte de Champagne s’associa à des abbayes, qui possédaient de vastes forêts, par des contrats de pariage, chaque contractant fournissant une participation, foncière, financière, ou politique. C’est ainsi que naquit le village de Passavant-en-Argonne [1].

 

LA FONDATION DE LA VILLENEUVE ET DU CHATEAU DE PASSAVANT

           

Dans le mois qui suivit son installation à Sainte-Menehould, Thibaud III  s’intéressa à la vallée de l’Aisne, tant en aval qu’en amont de Sainte-Menehould. Au nord du massif, Blanche de Navarre et son fils Thibaud IV fondèrent les villeneuves de La Neuville-au-Pont (1203) et Florent-en-Argonne (1225) et participèrent à l’accroissement de Chaudefontaine (1206). Au sud, Blanche s'associa en 1206 avec l'abbaye de Saint-Remi de Reims pour créer une villeneuve près de Villers-en-Argonne. Non loin de là, en juin 1239, les chanoines de Châtrices abandonnèrent à Thibaud IV leurs droits d'usage dans le bois des Communaux, à Verrières, en échange de 120 arpents joignant leur bois de l'Alleu. En même temps un important contrat de pariage fut conclu entre ces religieux et le comte de Champagne pour la fondation de Passavant.

 

Le contrat de pariage.

 

Les chanoines de Châtrices possédaient un vaste domaine forestier, appelé L'Alleu, sur le massif et les buttes isolées qui dominent la vallée de l’Aisne, en amont de Villers. En juin 1239, l'abbé Aubert fonda une villeneuve au lieu dit Mons Rotundus, Montrond ou Rotomont, en y associant, par un contrat de pariage, Thibaud IV, comte de Champagne [2]. L’abbaye de Châtrices donna 1 700 arpents de bois et de terres à défricher et cultiver, à l’exception de 120 arpents qu’elle gardait pour son usage propre (probablement ceux que Thibaud avait donnés aux chanoines). En mars 1242, l’abbé et le couvent reconnurent que Thibaud avait la garde de leurs possessions de Passavant. Le terroir du village actuel de Passavant-en-Argonne correspond à l’étendue des bois et des terres affectées en 1239 à la fondation de la villeneuve.

 

Vue aérienne. Châtrices et Passavant-en-Argonne (photo Google Earth)

 

La plupart des revenus de la villeneuve étaient partagés par moitié entre le comte de Champagne et l’abbaye de Châtrices. Toutefois, la dîme de l’église du village revenait entièrement aux chanoines et la chapelle castrale ne pouvait jouir des droits paroissiaux. Le chapelain était nommé par le comte de Champagne mais choisi parmi les chanoines de l’abbaye. Les fours banaux étaient possédés entièrement par le comte de Champagne, peut-être pour compenser la dîme et ainsi maintenir l'égalité du partage des profits. Les frais de construction et les revenus des moulins banaux étaient partagés, si le comte de Champagne le souhaitait. Celui-ci accepta probablement car en 1276-1278, un moulin commun entre les deux coseigneurs était affermé pour dix ans.

 

 

Les aspects militaires du contrat et la construction du château.

 

Le comte de Champagne se voyait attribuer des avantages militaires importants. Les habitants de la villeneuve devaient l'ost et la chevauchée, c’est-à-dire des devoirs militaires, au comte de Champagne et l'abbé de Châtrices autorisait le comte de Champagne à édifier à Passavant une forteresse sur laquelle il n'aurait que les droits spirituels. Thibaud IV bénéficiait ainsi d'avantages militaires et stratégiques essentiels pour sa politique d’expansion vers l’est.

 

Le château de Passavant, situé sur la frontière entre les comtés de Champagne et de Bar, avait une grande valeur pour Thibaud IV, inquiet de la progression barroise. Plusieurs conflits opposèrent les deux comtes en 1230, de 1232 à 1235 et en mai 1239, un mois avant la fondation de Passavant. Thibaud IV s'apprêtait alors à partir en croisade, ne laissant en Champagne qu'un fils âgé d'un an, le futur Thibaud V. Devant les ambitions du comte de Bar, il était nécessaire de sécuriser la frontière orientale du comté. La construction commença sans doute dès la conclusion du contrat : en mars 1241 ou 1242, les travaux étaient avancés car la chapelle castrale était achevée. Ils se poursuivirent quelques années encore car, en 1252, le comte de Champagne dépensa 12 livres et 13 sous pour les tourelles et autres ouvrages.

 

La forteresse, aujourd'hui disparue, s'élevait au lieu-dit Le Château, au sommet de la colline qui domine de 70 m le village.

 

Le Rotomont et le village vus depuis la côte Collet. (photo J. Lusse)

 

Sur le site, actuellement recouvert par la forêt, des vestiges archéologiques ont été mis en évidence dans les années 1970. Le sommet de la colline est coupé sur toute sa largeur par un fossé profond de 3 à 4 m, large de 30 m en surface et de 10 m au fond. Ce fossé délimite deux ensembles : à l'ouest, une basse cour, longue de 150 m et large de 40 à 50 m ; à l'est, le château proprement dit, long seulement de 90 m.

 

Le comte de Champagne était représenté à Passavant par un châtelain et certains de ses vassaux effectuaient une partie de l’aide militaire qu’ils lui devaient en assurant un service de garde de plusieurs mois au château de Passavant. Douze sentinelles, payées six deniers par jour, étaient établies en permanence dans le château.

 

Thibaud IV tenait désormais une place forte stratégique et bénéficiait de la moitié des revenus d'un nouveau village : c'est lui qui a voulu ce pariage et l'a imposé aux chanoines. En mars 1242, Aubert précisa que son couvent avait donné au comte de Champagne le mont de Passavant, "qui soloit estre apelés de Rotoumont" : le nouveau château avait pris le nom de Passavant, en référence à son cri de guerre, "Passa avant li meillor".

Vue aérienne. Le Rotomont en 1972 (photo J.-P. Boureux)

 

LE DEVELOPPEMENT DE LA VILLENEUVE DE PASSAVANT

 

La villeneuve vit rapidement le jour au pied du château et afin d’éviter toute concurrence économique avec le château, le comte de Champagne et ses héritiers promirent de ne transférer ni le marché ni la foire de Passavant à l’intérieur de la forteresse. En mars 1242, l’abbé Aubert donna une longue charte édictant – après avoir rappelé le contrat de pariage de 1239 – les coutumes de la villeneuve. Afin d’attirer des paysans chargés des défrichements et d’établir une communauté de paysans astreints au service des armes, il fallait doter le nouveau village de privilèges juridiques, économiques et sociaux et renoncer à l’arbitraire seigneurial en fixant les conditions de perception des redevances ou en tarifant les amendes.

 

 

Les coutumes de Passavant (1242)

 

 Cette charte énumère les droits des membres de la communauté des habitants de Passavant (les bourgeois) évoque l’administration du village et fixe le montant de diverses redevances et amendes.

 

L’administration de la ville.

Le prévôt de Passavant, chargé d’encadrer la population, de collecter les revenus de la seigneurie foncière et de la seigneurie banale, et de rendre la justice, était nommé, sans doute par le comte, avec l’assentiment des chanoines de Châtrices. A la fin du XIIIe siècle, cette prévôté et les rentes de la villeneuve étaient accensées. Les bourgeois devaient élire chaque année quatre échevins, qui prêtaient serment au roi et à l’abbé ; ils étaient chargés d’appliquer le droit et de lever les amendes. La nomination ou l’élection d’un maire n’était nullement prévue.

 

Etre bourgeois. Les redevances.

Chaque bourgeois payait à la saint Remi, le 1er octobre, deux sous pour le droit de bourgeoisie, taxe payée par ceux qui résidaient dans le village, et six deniers de cens pour sa maison. Il s’acquittait encore de six deniers par arpent de vigne ou de pré. Le lendemain de la Toussaint, celui qui possédait des terres labourables, des prés ou des vignes donnait un setier d’avoine. L’amende pour défaut de versement était de deux sous.

 

Les habitants payaient chaque année deux gerbes sur quatorze, une à l’abbaye au titre de la dîme et l’autre partagée entre le comte de Champagne et les chanoines au titre du terrage. Les paysans les apportaient à Passavant avec leurs propres charrettes. Ils versaient encore, mais au couvent seulement, un vingtième du vin pour la dîme.

 

Droit civil.

La charte fait une large place aux propriétés, surtout immobilières, et à leur transmission. Si quelqu’un tenait une « masure » dans le village et ne la rendait pas habitable dans l’année, le prévôt avait le droit de la bailler. Il était nécessaire de résider à Passavant pour tenir un « héritage » (immeuble ou terre qu’on pouvait transmettre à ses héritiers) ; son propriétaire pouvait le vendre à un habitant du château ou du village, mais après l’avoir possédé pendant un an.

 

Celui qui avait tenu un bien pendant un an et un jour, sans réclamation d’autrui, en avait la possession. Les créanciers, pour recouvrer ce qui leur était dû, pouvaient prendre des gages pris sur leur débiteur, mais cette pratique était impossible sans une décision de justice. La personne qui avait pris un héritage en gage pouvait, après un an et un jour, le vendre. Lorsqu’un héritage tombait dans les mains de l’abbaye ou du comte de Champagne, par confiscation ou pour une autre raison, il devait être vendu dans l’année à un homme du château ou de la ville.

 

Le droit pénal.

La tarification des amendes était détaillée afin d’éviter une justice arbitraire. Les peines étaient graduées en fonction des circonstances et de la nature et de la gravité des faits : si une personne en frappait une autre, l’amende était de 10 sous si il n’y avait pas effusion de sang mais de 15 sous si le sang coulait. L’utilisation d’une arme tranchante aggravait la sanction : l’amende était de 20 sous pour une simple attaque et de 60 sous en cas de blessure ; si la victime était mutilée, les biens du coupable étaient confisqués et partagés entre la victime, le comte de Champagne et l’abbaye de Châtrices ; si elle était tuée, les biens confisqués revenaient au comte et à l’abbaye et l’assassin était remis au comte pour être jugé.

 

Les insultes étaient punies plus ou moins sévèrement : 3 sous pour une injure prouvée par un échevin ou par le témoignage d’autres personnes ; si l’insulte « atourt a honte de cors », le coupable devait payer trois sous. Mais la peine la plus spectaculaire est celle qui frappait la femme qui « disait vilénie » à une autre, l’accusant par exemple de prostitution : elle payait cinq sous et était condamnée à porter la pierre (une lourde pierre suspendue au cou de la condamnée par une chaîne), vêtue d’une simple chemise, lors de la procession ; en outre celle qui avait été accusée la piquait à la fesse avec un aiguillon. Cette peine humiliante devait servir d’exemple. Accuser quelqu’un à tort était sanctionné par une amende de trois sous si l’affaire concernait une possession mobilière et de cinq sous s’il s’agissait d’un immeuble. Celui qui accusait une personne, sans le prouver, d’incendie, de rapt, de vol ou de meurtre était puni, par le tribunal comtal, d’une peine équivalente à celle qu’aurait subi la personne accusée à tort si elle avait été réellement coupable : le tribunal comtal restait compétent pour les causes majeures, les délits les plus graves.

 

Passavant étant d’abord un village d’agriculteurs, une attention particulière fut portée aux préjudices subis par les récoltes. Les dégâts provoqués par une personne ou des animaux dans un pré, un champ, une vigne ou un verger étaient sanctionnés d’une amende allant de un denier à cinq sous pour une personne ou des animaux gardés, trois sous pour le bœuf, la vache et le cheval, un denier pour la brebis et le porc.

 

En cas de non-paiement des amendes, le coupable était banni de Passavant  pendant un an et un jour, et ses biens confisqués. Passé ce délai, il pouvait revenir au village à condition de payer ses dettes. Les cas non prévus par la charte de franchises étaient soumis à la cour de Champagne.

 

Bien que moins détaillée, cette charte de franchises s’inspira de celle accordée par l’archevêque de Reims Guillaume aux Blanches Mains à Beaumont-en-Argonne, mais avec une différence essentielle, sans doute en raison de la situation stratégique de Passavant. Elle n’accordait ni l’élection d’un maire ni une autonomie administrative car les deux co-seigneurs conservaient le contrôle du village par l’intermédiaire d’un prévôt commun [3].

 

Le peuplement de la villeneuve

 

Le village se développa selon un plan caractéristique des villeneuves, celui du village-rue, étiré en longueur : au pied du château, la rue principale, rectiligne, a constitué l’axe de l’urbanisation : de part et d’autre de cette voie, et perpendiculairement à elle, s’alignaient des parcelles bâties, étroites en façade et allongées en profondeur. Cette artère était doublée au nord et au sud par deux routes secondaires qui lui étaient parallèles. Ce plan témoigne de la volonté des fondateurs de mettre en place un lotissement raisonné.

 

Vue aérienne. Le village de Passavant-en-Argonne (photo Google Earth)

 

En 1252, Thibaud IV perçut, dans la châtellenie de Passavant, 112 sous tournois pour le droit de bourgeoisie et 11 sous pour les nouveaux, soit 123 sous. Ce droit de bourgeoise étant de 2 sous, dont la moitié revenait au comte de Champagne, Ch. Higounet émets l’hypothèse que le village, une dizaine d’années après sa fondation, comptait 123 chefs de famille, soit peut-être 500 habitants, ce qui témoignerait d’un développement rapide de la nouvelle localité. Mais, selon le même compte, le comte de Champagne, en 1252, aurait reçu 100 sous et 8 deniers pour le cens des maisons. Le taux du cens étant de six deniers par maison, partagés entre le comte et le couvent, cela impliquerait l’existence d’environ 400 maisons… pour 123 familles. Cette somme ne provenait donc pas seulement de Passavant, mais de l’ensemble des villages de la châtellenie (Passavant, Charmontois-le-Roi, Belval-en-Argonne, Villers-en-Argonne, etc.). Il en était probablement de même pour le droit de  bourgeoisie. A priori, la population de la villeneuve de Passavant, en 1242, semble moins importante que ne l’a supposé Ch. Higounet. En 1276-1278, les cens sur les maisons (six deniers par maison, les prés (six deniers par arpent), les vignes (six deniers par arpent) et les jardins (deux deniers par meix), ainsi que le droit de bourgeoisie (deux sous par bourgeois) rapportèrent vingt livres au comte de Champagne, qui en percevait la moitié. Certes, nous ignorons l’étendue des possessions de chaque bourgeois, mais le montant important de ces revenus laisse supposer que la population avait augmenté rapidement [4].

 

 

 

Les revenus de la villeneuve

 

Seules sont connues les recettes comtales. En 1276-1278, elles s’élevaient à vingt livres pour les cens, quatre-vingt setiers de froment et d’avoine valant 33 livres et 5 sous pour le terrage,  trente setiers d’avoine estimés à 7 livres et 10 sous pour l’assise (taxe qui remplaçait la taille), sans compter les revenus de la justice, non évalués. A ces recettes s’ajoutaient les banalités, l’intégralité des revenus du four banal et la moitié de ceux du moulin banal, affermé pour 10 ans à partir du 24 juin 1277 moyennant le versement annuel de  six setiers de froment et de seigle à la vieille mesure. Le comte avait encore la moitié des taxes sur les juifs et le quart des péages encaissés sur le pont des Vendanges. Enfin les deux co-seigneurs possédaient en commun un pré de quatre fauchées et le comte de Champagne y avait une vigne et des arbres. Il faut attendre le second trimestre de 1287 pour que soit mentionné un pressoir banal. Quant aux revenus spirituels, revenant entièrement à l’abbaye de Châtrices, leur première estimation date de 1405 : le revenu de la cure, estimé à 17 livres, était un des plus faibles du doyenné de Sainte-Menehould.

 

LE CHÂTEAU AUX XIVe et XVe SIECLES ET SA DESTRUCTION

           

L’importance militaire et stratégique du château de Passavant se manifesta au moment de l’affaire de Beaulieu : Jean de Passavant, sergent d’armes, essaya de protéger les granges et autres biens de l’abbaye attaquée par le comte de Bar Thiébaut II en septembre 1286. La forteresse servit sans doute encore de point d’appui au roi en 1297, lorsque le comte de Bar Henri III se rangea du côté du roi d’Angleterre, son beau-père, contre le roi de France. Les événements qui se déroulèrent à Passavant pendant cette période restent méconnus, mais ils expliquent sans doute les réparations faites au pont-levis et au toit du château en 1287.

 

Le château au début de la Guerre de Cent Ans.

 

Dès1338-1339, des mesures furent prises pour prévenir une attaque « des ennemis dou royaume », c’est-à-dire les Anglais et leurs alliés, en particulier l’empereur. Raoul le Lorrain, d’Argiers, châtelain de Sainte-Menehould vint à Passavant pendant trois jours pour désigner les sujets qui devaient désormais faire le guet pendant le jour (le guet ne se faisait alors que la nuit).

 

Les hommes d’armes du château de Passavant participèrent aussi à des opérations militaires. En 1338, au moment de l’ost d’Amiens, quatre sergents royaux de Passavant parcoururent les différents villages de la prévôté de Passavant et de la terre de Beaulieu pour rassembler les hommes et pour se saisir de 40 gros animaux (sans doute des bovins) destinés à nourrir les troupes. Ces animaux furent conduits à l’ost puis ramenés et rendus à leurs propriétaires. Plusieurs hommes d’armes, en 1339, prirent part à une chevauchée menée par le bailli en Laonnois et en Porcien.

             

Le siège de Passavant.

 

Après 1340, et pendant près de trois quarts de siècle, le château et le village de Passavant ne sont pratiquement plus mentionnés dans les sources. Lorsqu’il réapparaît dans les sources, au début du XVe siècle, le château était aux mains d’un aventurier qui ravageait le pays, Eustache de Vernancourt, prévôt de Passavant pour Charles VII.

 

Le 22 août 1427, Henri VI, roi d’Angleterre – et de France depuis 1420 – chargea Antoine de Vergy, capitaine général des comtés de Champagne et de Brie, de reprendre les places fortes de la région qui lui échappaient, Mouzon, Beaumont-en-Argonne, Vaucouleurs et Passavant. L’attaque du château de Passavant fut confiée au duc de Bar, René d’Anjou, et à son oncle le cardinal de Bar. Après cinq semaines de siège, Eustache de Vernancourt abandonna la forteresse le 6 octobre 1428, moyennant le versement de 5 000 couronnes.

 

La destruction du château

 

Les victoires de Jeanne d’Arc et le retournement de situation ramenèrent René d’Anjou dans le camp du roi de France, son beau-frère. Devenu duc de Lorraine à la mort de Charles II, le 25 janvier 1431, il se heurta à l’opposition d’Antoine de Vaudémont, qui reçut l’aide du duc de Bourgogne Philippe le Bon. Lors de la bataille de Bulgnéville, le 2 juillet 1431, René d’Anjou fut fait prisonnier et conduit en Bourgogne. En avril 1432, Philippe le Bon lui accorda une libération provisoire en échange de lourdes concessions. Il devait notamment lui livrer, à l’expiration de la trêve avec le roi de France, plusieurs châteaux, dont Passavant-en-Argonne.

 

En 1433, Thomelaire, prévôt de Laon au service de Charles VII, mais aussi chef de bande pillard, comme Eustache de Vernancourt, s’empara du château de Passavant à la suite d’une trahison, ce qui inquiéta René d’Anjou qui prit la forteresse et la rasa. C’est sans doute la raison pour laquelle elle ne figure pas dans la liste des places que, selon l’accord de novembre 1436, René d’Anjou devait remettre en gage à Philippe le Bon. Le château disparut mais le village resta chef-lieu de prévôté royale, dépendant du bailliage de Vitry-en-Perthois.

 

Conclusion.

 

            Le château de Passavant, qui n’eut que deux siècles d’existence, fut construit à partir de 1239 par le comte de Champagne Thibaud IV, dans le contexte de la mise en valeur de l’Argonne et des conflits entre les comtés de Champagne de Bar. Cette forteresse fut stratégiquement importante au moment de la guerre de Cent Ans. Tenue par Eustache de Vernancourt pour Charles VII, elle fut prise par René d’Anjou, alors allié aux Anglais, en 1428. Trois ans plus tard, René d’Anjou rasa ce château dont Thomelaire s’était emparé.

 

            Une villeneuve, dont les revenus furent partagés, par un contrat de pariage, entre le comte de Champagne et l’abbaye de Châtrices, vit rapidement le jour au pied du promontoire sur lequel s’élevait le château et reçut une charte de franchises en 1242. C’est là que s’installa le siège de la prévôté après la destruction du château. Le village resta économiquement dynamique jusqu’au XIXe siècle mais l’essor de l’industrie et l’absence de liaisons ferroviaires routières entraînèrent son déclin. Passavant ne compte plus, aujourd’hui, qu’un peu plus de 200 habitants.

Jackie LUSSE

 

©  HORIZONS D'ARGONNE N°87 Juin 2010


 

[1] Passavant-en-Argonne, c. et arr. Sainte-Menehould, Marne.

[2] Thibaud IV était devenu roi de Navarre en 1234. C’est pourquoi, dans le contrat de pariage, comme dans la plupart des actes postérieurs à cette date, il est appelé « seigneur roi »

[3] Auguste Longnon, dans les Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie (1172-1361) a publié une charte quasi identique datée de mars 1247 (v. st.) Il semble étrange, que la charte de mars 1242 ait été renouvelée six ans plus tard dans les mêmes termes. Le texte de 1242 étant original et celui de 1247 une copie, il est probable qu’il n’y eut qu’une seule charte donnée en 1242. et que la date de 1247 soit une erreur du copiste. Le contrat de pariage de 1239 et la charte de coutumes, conservées aux Archives nationales (J 197, 49 et 53), ont été publiées par . TEULET, Layettes du Trésor des Chartes, Paris, 1866, t. II, N° 2815, p. 412 et n° 2967, p. 468-469.

[4] Rappelons l’équivalence : 1 livre = 20 sous = 240 deniers.